Le Chili compte plusieurs auteurs renommés, et de bon groupes de musique que je vais vous présenter. Je ne suis ni spécialiste de littérature ni critique, j'espère simplement vous faire découvrir ce beau pays à travers les livres, puis la musique.

La littérature chilienne

Si vous aimez la poésie, il faut lire Pablo Neruda et son "Chant Général", et ses mémoires "J'avoue que j'ai vécu". Il est décédé au moment du coup d'état de Pinochet, et des doutes subsistent encore sur la cause de sa mort: une enquête est même en cours pour savoir s'il est mort de maladie ou tué par les responsables du coup d'Etat.  Le Chili compte une autre poétesse détentrice du prix Nobel de littérature, Gabriela Mistral.

Le "Chant Général" a été écrit pendant 10 ans (1938-1949), et devait d'abord être un oeuvre sur l'histoire du Chili, mais finalement c'est un poème épique dédié à l'Amérique Latine et à son peuple. Il est composé 15 parties, sur l'histoire des hommes, des indiens jusqu'aux Indépendances. La 7ème partie est le "Chant Général du Chili". Dans la dernière partie, il évoque son histoire, les découvertes qu'il a fait en Asie en tant qu'ambassadeur du Chili, et de son pays.

La Frontière (1904)
"Ce que je vis d'abord ce fut
des arbres, des ravins
décorés de fleurs belles et sauvages
un territoire humide, des forêts en feu
et l'hiver en crue derrière le monde.
J'eu pour enfance des souliers mouillés, des troncs brisés
tombés dans la forêt, dévorés par les lianes
et les scarabées, j'eus des journées douces sur l'avoine,
et la barbe dorée de mon père partant
pour la majesté des chemins de fer.
La pluie australe creusait devant la maison
de profondes mares, des bourbiers d'argile endeuillée,
qui, l'été, se transformait en un jaune climat
où les charrettes grinçaient, où elles pleuraient
enceintes de neuf mois de blé.
Soleil du sud, soleil rapide: chaume, denses fumées
dans des chemins de terres écarlates, berges
de fleuves à rondes lignées, prairies, enclos
où le miel de midi était réverbéré.
Le monde poussiéreux pénétrait par degré
dans les hangars parmi des tonneaux et des cordes,
jusqu'aux caves entassant le rouge résumé
du noisetier, toutes les paupières de la forêt.
Il me parut monter dans la robe torride
de l 'été, avec les batteuses, au long
des côtes, sur la terre au vernis de boldos
dressée entre les chênes, indélébile
et qui collait aux roues comme chaire écrasée.
Mon enfance parcourut les saisons: avec, autour de moi
les rails, les châteaux de bois frais
et la maison sans ville, à peine protégée
par des troupeaux et des pommiers au parfum ineffable,
je vécus, mince enfant à la forme pâlotte,
en m'imprégnant de forêts vides et d'entrepôts.

Pablo Neruda, "Chant Général" édité en 1977 chez Gallimard, pages 483 et 484

 

Luis Sepulveda est un écrivain chilien, et son roman "le vieux qui lisait des romans d'amour" est l'un de mes préférés. Il a aussi écrit des nouvelles qui ont pour cadre la Patagonie : "Dernières Nouvelles du Sud" par exemple, qui est le récit d'un voyage avec un photographe dans ces terres australes de l'Argentine et du Chili. Dans le même genre, Francisco Coloane écrivait des récits d'aventure, inspirées par les terres du sud, qui devraient plaire aux voyageurs.

"Un vent glacé balaie les rues de Puntas Arenas et agite les eaux couleur d'acier du détroit de Magellan. Nous sommes à la mi-mars et les vols d'outarde qui abandonnent la Terre de Feu indiquent la fin de l'été austral. Très bientôt les jours vont raccourcir, la Patagonie deviendra la patrie du froid, de la neige, des longues nuits et, des deux côtés du détroit, les habitants se demanderont: et maintenant qu'est-ce qu'on fait?

C'est la question que se posèrent il y a quatre-vingt-dix ans deux pionniers de la Terre de Feu: Antonio Radonic, un croate pour qui l'idée de la fortune consistait à trouver un coin tranquille pour vivre en paix, et José Bohr, un allemand qui avait parcouru le monde de Constantinople à Santiago avant de se fixer dans le monde austral. Il étaient arrivés ensemble dans ce qui était à peine un groupe de quatre à cinq maisons construites face à la Bahia Inutil et avaient participé à la cérémonie du baptême de cet endroit éternellement fouetté par le vent auquel on avait donné le nom prometteur de Porvenir.

Je suppose que pendant leur première nuit hivernale, quand le vent menaçait d'emporter les tôles ondulées protégeant les murs et que le réconfort du maté amer agrémenté d'un peu de malice, l'eau de vie, était la seule manière efficace de garder la chaleur, ils durent probablement rajouter du bois dans le poêle avant de se demander : et maintenant qu'est-ce qu'on fait?

Et la réponse fut: on va ouvrir un cinéma. La première salle de cinéma du bout du monde"

Luis Sepulveda et Daniel Mordzinski, "Denières Nouvelles du sud", édité en 2011 chez Points Aventure, pages 183 et 184.

 

 

Isabel Allende est une romancière contemporaine, qui a grandi à Santiago et dont l'oncle n'était autre que Salvador Allende, l'ancien président chilien. Son célèbre roman est "La Maison aux esprits", qui raconte l'histoire d'une famille chilienne à travers le XXème siècle. C'est un de mes livres préféré, une fois qu'on est entré dans l'histoire, impossible de lâcher! L'histoire se déroule en partie à Santiago, mais aussi dans d'autres lieux à la campagne, comme le montre l'extrait que j'ai choisi.

" Par la baie du train, il vit défiler le paysage de la vallée centrale. De vaste étendues cultivées au pied de la cordillère, des terres fertiles couvertes de vigne, de blé, de luzerne et de tournesol. Il les  compara aux plateaux désertiques du nord où il avait passé deux ans enfoui dans un trou au milieu d'une nature sauvage et lunaire dont il ne se lassait pas de contempler la terrifiante beauté, fasciné par les coloris du désert, les bleus, les mauves, les ocres des minerais à la fleur de terre.

'C'est une nouvelle vie qui commence' murmura-t-il.

Il ferma les yeux et s'assoupit.

Il descendit du train en gare de San Lucas. L'endroit était misérable. A cette heure on ne voyait pas âme qui vive sur la plate-forme de bois à la toiture détruite par les intempéries et les termites. De là, on découvrait toute la vallée à travers une brume impalpable émanant de la terre mouillée par la pluie nocturne. Les monts lointains se perdaient parmi les nuages d'un ciel renfrogné et seule la pointe enneigée du volcan s'apercevait avec netteté, tranchant sur le paysage et éclairée par un timide soleil d'hiver."

Isabel Allende, La Maison aux esprits, édité en 1982 cher Fayard, page 65 (édition de poche).

 

Elle a écrit de nombreux autres romans qui nous plongent dans la vie chilienne, comme "le Portrait Sépia". Un ouvrage plus confidentiel est "mon pays réinventé", où elle parle de son pays d'enfance (elle vit aux Etats-Unis maintenant), de ses souvenirs, avec mélancolie des paysages mais aussi réalisme sur certains traits de caractères chiliens.

" Ce svelte territoire est semblable à un île séparée du reste du continent: du nord, par le désert d'Atacama, le plus aride au monde, comme ses habitants se plaisent à le dire, bien que ce soit surement faux, car au printemps une partie de ce paysage lunaire se couvre d'un manteau de fleurs telle une merveilleuse peinture de Monet; à l'est, la cordillère des Andes, formidable massif de roches et de neiges éternelles; à l'ouest, par les côtes abruptes  de l'océan Pacifique; tout au sud par le solitaire Antarctique. Ce pays à la topographie tourmentée et  aux climats variés, parsemé de capricieux obstacles et secoué par les soupirs de centaines de volcans, qui existe comme un miracle géologique entre les hauteurs de la cordillère et les profondeurs marines, est uni d'un bout à l'autre par l'obstiné sentiment de nation de ses habitants."

Isabel Allende, "Mon Pays réinventé", édité en 2003 chez Grasset, page 20 (livre de poche)

Le Chili en Musique

Un peu de musique à écouter pendant les longs voyages en bus qui traversent le Chili. Le pays a longue tradition de chanson engagée, qui a émergé pendant la présidence de Salvador Allende, avec des groupes proches du parti communiste. Vous pouvez écouter Quilapayun ("El pueblo unido jamas sera vencido") ou Inti Illimani. Ces deux groupes existent en core, avec de nouveaux et d'anciens membres. Violetta Parra (et son "Gracias a la vida") est aussi une chanteuse folk emblématique de ce pays. Enfin, Victor Jara aussi était un chanteur engagé, qui a été torturé pendant le coup d'état militaire.

 
 

Enfin, pour des choses plus modernes, le groupe que je vous recommande d'écouter est Chico Trujillo, qui joue de la cumbia très festive. J'ai eu la chance de les voir plusieurs fois en concert, et c'est génial! Vous pouvez aussi écouter des groupes de rock (los jaivas, los bunkers,...) ou la chanteuse pop  Francisca Valenzuela. Enfin, Ana Tijoux est une rapeuse franco-chilienne.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *